Combien de temps dure une émotion? Ce qui se joue en nous – Réflexion 6
Une émotion peut nous traverser en quelques instants, alors pourquoi certaines émotions semblent-elles rester avec nous pendant des heures, des jours, parfois même beaucoup plus longtemps ?
Parce qu’il existe une différence entre l’émotion qui apparaît en réaction à une situation et tout ce qui peut ensuite s’y associer : nos pensées, nos souvenirs, nos interprétations, nos sensations corporelles, nos comportements et parfois même une histoire que nous finissons par raconter sur nous-mêmes.
Une émotion n’est donc pas notre identité. C’est une expérience qui apparaît dans un contexte donné, avec une certaine intensité, à un moment où notre cerveau et notre organisme disposent de plus ou moins de ressources pour traiter ce qui se passe.
Et cette nuance change beaucoup de choses.
À retenir
Une émotion est un processus dynamique. Sa durée varie selon les personnes, les situations et l’importance que nous accordons à ce qui se passe.
L’expérience émotionnelle peut également se prolonger lorsque nos pensées, nos souvenirs, notre attention ou certaines interprétations continuent à maintenir notre attention sur l’événement.
Autrement dit, il y a ce qui arrive… et il y a ce que notre système en fait.
Une émotion commence souvent par quelque chose qui nous arrive
Quelqu’un nous parle d’une certaine manière.
Une personne s’éloigne.
Une remarque nous touche.
Nous recevons une nouvelle inattendue.
Nous nous retrouvons seuls alors que nous aurions aimé être entourés.
L’événement extérieur constitue un déclencheur, mais il ne détermine pas à lui seul notre expérience intérieure.
Notre cerveau évalue en permanence ce qui se passe autour de nous. Il prend en compte le contexte, ce que cette situation représente pour nous, notre état du moment, nos expériences précédentes et les ressources dont nous disposons.
C’est ce qui explique que deux personnes puissent vivre une même situation avec des réactions très différentes.
Et notre état du moment compte énormément.
Lorsque nous sommes reposés, disponibles et que nous nous sentons suffisamment en sécurité, nous ne traitons pas forcément une information de la même manière que lorsque nous sommes épuisés, déjà sous pression ou saturés.
C’est parfois là que nous nous surprenons nous-mêmes.
Une situation qui aurait semblé anodine hier peut provoquer aujourd’hui une réaction beaucoup plus forte.
Quand l’émotion devient une réaction automatique
Face à une situation perçue comme importante ou menaçante, notre organisme peut rapidement mobiliser une réponse.
Nous pouvons avoir envie de fuir, de nous défendre, de nous isoler, de contrôler, de nous figer ou, au contraire, de réagir immédiatement.
Ces réponses ne sont pas toujours des choix conscients.
Elles peuvent correspondre à des habitudes de fonctionnement construites au fil de nos expériences. Notre façon de faire face à une émotion dépend notamment du contexte, de notre état intérieur et des stratégies que nous avons appris à utiliser.
C’est une idée que je trouve particulièrement importante dans l’accompagnement.
Avant de chercher à changer une réaction, j’aime comprendre à quoi elle a pu servir.
Une réaction qui semble aujourd’hui nous compliquer la vie a peut-être, à un autre moment, représenté une manière de nous protéger, de conserver un lien, d’éviter un conflit ou simplement de traverser une situation avec les ressources dont nous disposions alors.
Cela ne signifie pas que nous devons continuer à fonctionner de la même manière.
Cela signifie que nous pouvons commencer par regarder notre fonctionnement avec davantage de curiosité et beaucoup moins de jugement.
« Je suis triste » ou « je ressens de la tristesse » ?
Cette différence peut sembler minuscule.
Pourtant, elle change notre relation à ce que nous vivons.
« Je suis triste. »
« Je suis en colère. »
« Je suis anxieux. »
À force de parler ainsi, nous pouvons finir par confondre notre état du moment avec ce que nous sommes.
Et si nous essayions plutôt :
« Je ressens de la tristesse. »
« Je ressens de la colère. »
« Je sens une inquiétude monter. »
L’émotion devient alors une expérience que nous pouvons observer.
Elle est là, mais elle n’est pas toute notre personne.
Nous sommes rarement aussi spontanés pour dire :
« Je suis pleine de ressources. »
« Je suis vivante. »
« Je respire profondément. »
« Je sais m’adapter. »
« Je peux apprendre. »
Pourtant, toutes ces dimensions existent elles aussi.
Notre attention se fixe facilement sur ce qui nous alerte ou nous fait souffrir. C’est justement pour cela qu’apprendre à observer ce qui se passe en nous peut ouvrir un autre espace.

Ce qui nous attache parfois à l’émotion
Imaginez une personne qui se retrouve seule un soir et pense :
« Je suis triste de me retrouver seule. »
Prenons un instant pour ralentir.
Qu’est-ce qui est réellement présent ?
De la tristesse ?
Une tension dans la poitrine ?
Une sensation de vide ?
De la colère ?
Une envie de pleurer ?
Un besoin de contacter quelqu’un ?
Une envie de se couper du monde ?
Puis, qu’est-ce qui se passe dans les pensées ?
« Personne n’est là pour moi. »
« Je finis toujours seule. »
« Je ne compte pas. »
À cet instant, l’expérience ne se limite plus à l’émotion initiale.
La pensée lui donne du sens.
Elle peut réactiver des souvenirs.
Elle peut renforcer certaines sensations corporelles et entraîner de nouveaux comportements.
Une boucle peut alors se mettre en place.
Ce n’est plus seulement « ressentir de la tristesse ». C’est aussi penser à cette tristesse, lui donner une signification, revenir à l’événement, imaginer la suite, se souvenir d’autres moments similaires et parfois finir par construire une histoire autour de ce que nous ressentons.
C’est là que la notion d’attachement devient intéressante.
Nous pouvons nous attacher à une émotion, mais aussi à ce qu’elle représente pour nous, à l’histoire que nous lui associons et à l’image de nous-mêmes qu’elle vient renforcer.
Le stress entre lui aussi dans la boucle
C’est ici que l’émotion rejoint directement la question du stress.
Lorsque notre organisme doit régulièrement faire face à des situations vécues comme exigeantes, notre manière d’évaluer ce qui arrive influence notre expérience émotionnelle et notre réponse au stress.
Et lorsque nous sommes déjà fatigués, sollicités ou préoccupés, notre capacité à traiter une nouvelle information peut être différente.
C’est un peu comme si notre tableau de bord intérieur avait déjà plusieurs voyants allumés.
Une nouvelle situation arrive.
Elle touche un point sensible.
La réaction peut alors être plus intense que nous ne l’aurions imaginé.
Cela ne signifie pas que nous « exagérons ».
Cela peut simplement nous inviter à regarder l’ensemble du contexte.
Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ?
Dans quel état suis-je au moment où cela arrive ?
Qu’est-ce que cette situation vient toucher chez moi ?
Quelle réaction automatique se met en place ?
Ces questions ouvrent déjà un autre regard sur ce que nous vivons.
Notre histoire peut éclairer certaines réactions
Lorsque nous observons une réaction qui revient régulièrement, nous pouvons parfois nous demander ce qu’elle vient réveiller.
Une situation actuelle peut faire écho à une expérience ancienne.
Une relation peut réveiller une peur de perdre le lien.
Une séparation peut réveiller une sensation d’abandon.
Une remarque peut toucher une question de légitimité ou de valeur personnelle.
Dans une démarche d’exploration, certaines personnes vont aussi chercher des résonances dans leur histoire familiale, leur vécu précoce ou leur histoire de vie.
Je préfère garder ici une nuance importante : une résonance n’est pas automatiquement une preuve de cause.
Explorer son histoire peut surtout aider à comprendre les associations que nous faisons aujourd’hui et à ouvrir de nouvelles possibilités.
La question devient alors moins :
« Pourquoi suis-je comme ça ? »
et davantage :
« Qu’est-ce qui se passe en moi lorsque cette situation arrive, et comment pourrais-je choisir de la traverser autrement ? »
Et si nous commencions à nous observer autrement ?
C’est là que l’investigation de notre propre fonctionnement peut devenir intéressante.
Prenons la situation de la solitude.
Au départ :
« Je suis triste de me retrouver seule. »
Puis nous pouvons déplacer légèrement notre regard :
« Je ressens de la tristesse face à cette solitude. »
Et ensuite observer :
Qu’est-ce que je ressens dans mon corps ?
Quelle est ma réaction spontanée ?
Est-ce que je me fige ?
Est-ce que je cherche immédiatement à être rassurée ?
Est-ce que je me mets en colère ?
Est-ce que je fuis la sensation en m’occupant de mille choses ?
Puis vient une autre question :
« À quoi cela fait-il référence pour moi ? »
Et enfin :
« Comment pourrais-je y réagir autrement la prochaine fois ? »
Ce changement de perspective peut sembler très simple.
Pourtant, il fait passer d’une identité figée à une expérience que nous pouvons observer.
Nous ne sommes plus seulement « la personne qui est triste ».
Nous devenons la personne qui observe sa tristesse, comprend ce qu’elle vient toucher et cherche progressivement d’autres possibilités.
L’émotion n’a pas besoin de devenir une identité
Nous ne sommes pas notre colère.
Nous ne sommes pas notre tristesse.
Nous ne sommes pas notre peur.
Nous sommes une personne qui, à un instant donné, traverse une expérience émotionnelle.
Cette expérience peut nous renseigner sur nos besoins, nos limites, nos habitudes de fonctionnement ou encore sur ce qui compte réellement pour nous.
C’est aussi pour cela que je crois beaucoup à l’impermanence.
Ce que nous ressentons aujourd’hui peut évoluer.
Une émotion peut apparaître, monter, atteindre une certaine intensité puis redescendre. Et si elle revient, cela ne signifie pas forcément que nous sommes revenus au point de départ.
Chaque nouvelle expérience peut devenir une occasion d’observer un peu mieux notre fonctionnement.
Pour moi, l’objectif n’est donc pas de ne plus ressentir.
Il s’agit plutôt d’apprendre à ressentir sans nous confondre avec ce que nous ressentons.
Et peut-être aussi de nous rappeler que nous sommes bien plus vastes que l’émotion qui nous traverse à cet instant.
Quand cette exploration devient difficile à faire seule
Parfois, nous avons beau comprendre intellectuellement ce qui se passe, certaines réactions reviennent toujours au même endroit.
Une situation actuelle semble réveiller quelque chose de plus ancien.
Une émotion prend beaucoup de place.
Le corps réagit avant même que nous ayons eu le temps de réfléchir.
Nous reproduisons un comportement que nous aimerions pourtant modifier.
C’est justement dans ces moments qu’un regard extérieur peut être précieux.
Je vous accompagne dans cette exploration de vos mécanismes émotionnels, corporels et comportementaux, avec une approche qui associe notamment écoute, hypnose évolutive, neurosciences comportementales, approche psycho-émotionnelle et exploration de l’histoire personnelle et familiale.
L’idée n’est pas de chercher une explication toute faite à ce que vous vivez.
Il s’agit plutôt de créer un espace pour observer, comprendre, expérimenter et ajuster votre manière de fonctionner.
Les accompagnements sont proposés à Bourgvilain, près de Cluny et de Mâcon, ainsi qu’à distance en visioconférence.
Si vous avez l’impression de tourner en boucle dans une réaction, une émotion ou une situation qui vous échappe, vous pouvez commencer simplement par en parler.
Je vous propose un premier échange de découverte de 30 à 45 minutes, pour poser ce que vous vivez et voir ensemble si mon approche correspond à votre besoin.
Biolisphère Activate
Marie-Laure Joyeusaz
Bourgvilain, Saône-et-Loire
Présentiel et accompagnement à distance
Émotions •Corps • Pensées • Comportements
Comprendre, apaiser, ressentir, se reconnecter…
Et vous, quelle émotion avez-vous parfois l’impression de garder avec vous beaucoup plus longtemps qu’elle ne devrait durer ?
Que vient-elle réveiller chez vous ?
Et si cette émotion n’était pas une définition de qui vous êtes, mais une information à écouter autrement ?
FAQ
Combien de temps dure une émotion ?
La durée d’une émotion varie selon les personnes, les situations et le contexte. L’émotion peut évoluer relativement rapidement, mais l’expérience émotionnelle peut se prolonger lorsque les pensées, les souvenirs, l’attention ou certaines interprétations continuent à maintenir notre attention sur l’événement.
Pourquoi certaines émotions semblent-elles durer très longtemps ?
Une émotion peut être entretenue par les pensées, les interprétations d’une situation, les souvenirs qu’elle réactive et les réactions que nous adoptons ensuite. L’expérience peut alors devenir une boucle entre émotions, pensées, sensations corporelles et comportements.
Pourquoi est-ce que je réagis parfois très fortement à une situation ?
Notre réaction dépend notamment du contexte, de notre état au moment où l’événement survient, de nos expériences précédentes et des ressources dont nous disposons pour traiter ce qui se passe. Une même situation peut donc provoquer des réactions différentes selon les moments et les personnes.
Comment apprendre à mieux comprendre ses émotions ?
Commencer par distinguer l’événement, l’émotion ressentie, les sensations corporelles, les pensées qui apparaissent et la réaction que nous avons ensuite peut déjà apporter de nouveaux repères. L’objectif n’est pas de supprimer les émotions, mais de mieux comprendre son fonctionnement.
Peut-on être accompagné pour comprendre ses réactions émotionnelles ?
Oui. Un accompagnement peut offrir un espace pour observer ses mécanismes, mettre des mots sur ce qui se passe et explorer différentes façons de réagir. À Bourgvilain, Marie-Laure Joyeusaz, de Biolisphère Activate, propose un accompagnement autour des dimensions émotionnelles, corporelles et comportementales, en présentiel et à distance.
